Ce matin, j’ai une gueule de bois spirituelle… Ma première à vie.
Gueule de bois, car hier, j’ai participé à mon premier cercle de femmes. Un événement grandiose, intense, à la hauteur des deux magnifiques femmes qui l’animaient. Je ne sais plus combien nous étions… Peut-être une vingtaine. Surtout des visages inconnus, mais aussi la présence rassurante d’une amie chère.
J’étais fébrile, ne sachant pas du tout à quoi m’attendre. Allions-nous parler? Nous dévoiler? Chanter? Bouger? Je n’en savais rien. J’étais un peu nerveuse, mais heureuse d’être là. J’étais prête à tout. Sous la lumière de la pleine lune, nous nous sommes réunies dans un lieu magique, apaisant, propice au partage.
Une première femme, belle et courageuse, a empoignée la pierre rose et brisé la glace en prenant la parole. Elle a dévoilé sa vérité… un souffle, un mot à la fois. Puis, chacune à son tour s’est libérée – prenant parfois le temps de fermer les yeux et respirer, parfois envahie par l’émotion, parfois portée par un élan plus grand qu’elle. Une à une, nous avons mis en mots notre transformation, parfois timidement, parfois avec ferveur. Nous étions vulnérables, ouvertes. Nous avions toutes une force intérieure inimaginable.
Le passé, le présent et le futur se sont réunis pour mieux se séparer. Même les générations d’avant nous étaient au rendez-vous. Des expériences marquantes ont été racontées. Des réalisations saisissantes prononcées. J’ai entendu des parcours subis, d’autres choisis. Chaque femme réunie autour de ce cercle a sû partager sa vérité sans filtre et je suis convaincue qu’aucune âme n’a pas été traversée par l’intensité du moment que nous avons partagé.
C’était si beau, si intense, si vrai.
Une fois le partage terminé, nous nous sommes levées, comme pour agiter nos corps crystallisés par l’écoute. Nous avons respiré, dénoué les tensions, les yeux fermés. Je crois que certaines ont dansé – presqu’exorcisé ces tensions, alors que d’autres, comme moi, nous sommes étirées timidement, puis installées dans une position confortable.
À ce moment, un sentiment d’imposteur m’a envahie, comme si je devrais avoir honte de ne pas être entièrement engagée dans l’expérience, comme les autres, vu ma gêne corporelle… Aussi longtemps que je puisse me souvenir, je n’ai jamais été à l’aise de me laisser guider librement dans mes mouvements, comme si j’étais possédée ou désarticulée. C’est alors qu’une petite voix à l’intérieur de moi est venue me rassurer: mon confort n’est pas obligé d’être celui des autres… Si je me sens bien, libre et apaisée en étant immobile, pourquoi ne serait-ce pas tout aussi valable comme expression corporelle? Et c’est là que j’ai compris que s’assumer, c’est aussi s’écouter dans sa différence.
Puis, nous nous sommes étendues au sol. Les lumières se sont tamisées, nous plongeant ainsi dans une obscurité enveloppante avec, au coeur de la pièce, quelques bougies qui dansaient.
C’est drôle, ce matin, certains moments de cette expérience me paraissent flous… Comme si ennivrée, j’en avais oublié les détails. Mais je sais que dans mon coeur, dans mon âme, chaque instant aura laissé sa trace, un repère dont j’ai besoin, un pilier dans mon chemin.
La soirée tirait à sa fin et nous nous sommes réunies au coeur de la pièce, serrées l’une contre l’autre. N’étant pas une personne à qui le toucher de l’autre vient facilement, je me suis surprise à me sentir bien dans ce cercle intime. Et on s’est bercé au son d’un chant dont je ne connaissais pas les paroles. C’était doux, puissant, d’une grande beauté. J’en suis encore émue.
Lorsque nos bras se sont délacés, j’ai été envahie d’un grande fatigue… j’étais complètement vidée et je n’avais qu’un souhait: me blottir sous ma couette pour reprendre des forces. Dormir, dormir sous la lune, me laisser envelopper par le sommeil et guérir.
Ce matin, je me lève après une longue nuit… Nuit comme j’en dors peu depuis l’accident. J’ai un mal de tête accablant, je me sens faible, fatiguée. J’aurais besoin d’une journée dans mon lit, à ne rien faire, à ne rien dire. Comme un reset spirituel pour me remettre peut être? Je n’en sais rien.
Et cette pensée me vient, alors que je sirotte au lit mon café.
Depuis toujours, j’admire ces femmes qui ont à l’intérieur d’elles une lionne. Elles m’intimident. Elles ont au coeur de leur être une lionne qui sait, une lionne qui affirme ce dont elles ont besoin. Oui, elles savent avec une certitude profonde, une certitude que je n’ai jamais ressentie étant quelqu’un qui se met et se remet tellement en question.
Mais cette année, je me découvre un côté spirituel, je comprends que chacune d’entre nous, femme, avons cette lionne à l’intérieur de nous. Il faut juste savoir l’écouter, il faut juste la laisser parler. Cette lionne porte l’instinct. Cette lionne nous protège, nous apaise. Cette lionne est la clé pour se trouver, pour se définir, pour s’épanouir. Et maintenant je sais que cette lionne existe bien à l’intérieur de moi… Je sais qu’elle sera toujours là pour me rappeler l’essentiel.
Cette lionne, c’est mon petit Juju qui m’a permis de la découvrir. Et je comprends le pourquoi du passage de cet enfant dans ma vie. Éternelle gratitude.

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